À lire et à voir aussiL'édition spéciale "La Rochelle - Québec 400e" ; et le 400e dans la cité rochelaise au fil de
l'actualité ; et
"à la une".
Pendant longtemps, la fonction de la Tour de la Chaîne a été à la fois économique et défensive puisqu'elle servait à contrôler les entrées des bateaux dans le port de La Rochelle et à le protéger. Propriété d'état, elle faisait partie du patrimoine du Ministère de la défense. Elle a naturellement été confiée au XXe siècle à celui de la culture. Aujourd'hui, comme les autres tours rochelaises, elle est gérée par le Centre des monuments nationaux.
La Tour de la Chaîne et le 400eDès 2004, les Québécois ont contacté le Centre des monuments nationaux français pour évoquer l'idée d'un grand événement en France pour célébrer le 400e anniversaire de la fondation de Québec. À La Rochelle, la Tour de la Chaîne offrait jusque-là aux visiteurs un cadre où l'on percevait l'histoire ainsi qu'une exposition sur le passé huguenot de la cité rochelaise. Les Monuments Nationaux étudiaient de leur côté le renouvellement de l'offre culturelle et un chantier de rénovation important était programmé. C'est de cette convergence entre des projets français et québécois qu'est né, dans le cadre du 400e, celui de l'exposition permanente dans la Tour de la Chaîne, porte du port de La Rochelle et dernière image de la France pour les nombreux migrants partis vers la Nouvelle-France.
Un témoignage durable de la commémoration du 400e de QuébecEn racontant l'histoire des migrants, la Tour de la Chaîne témoigne durablement de la mémoire partagée et du rôle de la cité rochelaise, du Poitou-Charentes et de la France dans l'histoire du Québec et de toutes les communautés francophones d'Amérique du Nord. Elle perpétue aussi le souvenir des fêtes du 400e et en particulier l'extraordinaire fête populaire du 8 mai 2008 à La Rochelle pour le départ de la Grande Traversée de l'Atlantique. Ces festivités ont permis d'inscrire les relations franco-québécoises dans la mémoire collective, de rappeler les liens qui unissent la France et le Québec depuis des siècles, aujourd'hui et pour les générations futures. Le symbole des tours a marqué les esprits et ému les personnalités ainsi que les touristes québécois présents. Chacun gardera en mémoire la silhouette du Trois Mâts Le Belem lors de son entrée dans le vieux port, pour la première fois de son histoire le 8 mai 2008.
Se laisser guider : l'audio guide et le parcours des enfants avec Jean ThibaudeauUn audio guide propose une visite scénarisée et très vivante de l'exposition accompagnée par différents migrants dont on suit le parcours. Pour les enfants, le personnage de Jean Thibaudeau, un jeune garçon jalonne un parcours conçu pour les plus jeunes. À leur hauteur, c'est Jean qui raconte et explique l'histoire en s'adressant directement aux petits visiteurs. Cette approche éducative et ludique est idéale pour profiter de l'expo en famille sans avoir à "traduire" les commentaires rédigés pour les adultes !
"Embarquez pour la Nouvelle-France" : départ immédiat Tour de la Chaîne ! Des rubans multicolores qui semblent flotter dans le vent sont les fils d'Ariane de la nouvelle scénographie. Au premier niveau, le visiteur rencontre des migrants, leurs portraits racontent leurs histoires, toutes authentiques sur des cerfs-volants qui symbolisent et le départ vers l'inconnu. Une immense gravure du port de La Rochelle au XVIIe siècle, un des plus important de France pour les traversées vers la Nouvelle-France avec Bordeaux, Nantes, Rochefort, Saint-Malo, Honfleur et Dieppe. Des cartes avec des centaines de points qui marquent les lieux de départ. Une collection d'objets que les migrants embarquaient avec eux : céramiques de Saintonge, couverts, dés... A fait le chemin du retour vers leur terre d'origine et rappelle qu'ils sont partis avec leurs langues, leurs coutumes, leurs légendes, leurs savoir-faire et leurs traditions.
L'escalier La montée des marches qui conduit aux différents niveaux est rythmée par des paysages du Poitou-Charentes, des mots symboliques, des noms de famille, de lieux et de bateaux évoquent le voyage et les origines des migrants. Le parcours sonore signé par Julien Goris accompagne le visiteur et restitue l'ambiance de l'époque des villages aux soutes des navires.
Le voyage...Le 2e niveau embarque le visiteur dans l'ambiance d'une cale de bateau grâce à une scénographie exemplaire qui permet presque de ressentir physiquement le tangage. C'est ici que l'on rencontre les différentes typologies de migrants. Les administrateurs français qui dirigeaient les colonies représentaient le pouvoir de la police, de la justice et des finances. Les militaires partaient en mission pour défendre les territoires colonisés. Les religieux s'occupaient à la fois de l'âme des migrants en perpétuant les pratiques religieuses et de l'éducation spirituelle des Amérindiens. Les engagés, hommes âgés de 25 à 30 ans, le plus souvent artisans et célibataires, forts d'un savoir-faire signaient des contrats de trois ans contre l'attribution d'un lopin de terre. Les filles du roi étaient contrairement aux légendes très rarement des filles de joie et le plus souvent des orphelines encadrées par des religieuses à qui le roi donnait une dot pour qu'elles se marient en Nouvelle-France. Jeanne Mancet et Marguerite Bourgeois qui avaient fondé la congrégation de Notre Dame à Montréal les accueillaient et leur donnaient une éducation. Partaient également des familles de migrants volontaires qui ont souvent fait souche.
Le 2e niveau raconte aussi la traversée, les conditions difficiles à bord, le commerce, la pêche à la morue et décrit les ports d'arrivée. Sont également évoqués les mythes qui entouraient le Nouveau Monde, les histoires effrayantes qu'on entendait sur les Amérindiens. À découvrir aussi : une collection, exceptionnelle en France d'objets amérindiens prêtées par les musées nationaux québécois.
Les lieux de mémoire et le regard des artistes : le 3e niveau Dans le cadre de la restauration, le 3e niveau de la tour a été "réinventé". Si l'on est certain qu'il existait autrefois, aucune trace ne pouvait permettre de le reconstituer "à l'identique". Cette absence de référence a permis de faire un choix très contemporain avec un plancher suspendu qui semble flotter au sommet de la tour. L'acier et le bois s'intègrent parfaitement dans le monument avec une sensation de légèreté grâce à la structure flottante qui laisse apparaître la pierre et le volume de la tour sans rupture. C'est ici qu'on découvre le regard posé par des artistes sur le patrimoine et l'histoire. Installé sur une des banquettes, le visiteur peut prendre le temps de regarder les images de la vidéaste Jacqueline Salmon autour de l'eau et des fleuves de la région Poitou-Charentes et du Québec. Bruce Krebs, sculpteur et cinéaste propose aussi son "Carnet de Voyage Québec - La Rochelle".
Au 3e étage, deux points d'accès multimédia permettent d'explorer deux bases : l'une sur les lieux et l'autre sur la généalogie avec les noms de famille et les prénoms de la région qui ont fait souche au Québec. À termes, ce travail pourrait se faire à l'échelle de la France.
Tout au long du calendrier du 400e dans la région, l'inventaire des lieux de mémoire a souvent été mis en avant, en particulier par la Région, un partenaire important de cette démarche. Dans le cadre de leur mission pour le Centre des monuments nationaux pour la nouvelle exposition, un impressionnant travail de recherche a été réalisé par Aline Carpentier et Elsa Guerry. Une église où a été baptisé un migrant, le nom d'une rue, une plaque commémorative, la Sèvre Niortaise qui était très importante pour les échanges commerciaux avec le Québec... 597 lieux de mémoire ont été recensés dans 245 communes du Poitou-Charentes.